Rencontre avec Jacques Simillion

 

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Nous avons rencontré Jacques Simillion

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Le 29 janvier 2011, après l'Assemblée générale, un petit groupe questionne Jacques
Simillion, militant Freinet de longue date et porteur de nos valeurs dans tous les aspects de la vie. Jacques a notamment travaillé dans le quartier Nord et Molenbeek, soit dans des quartiers populaires marqués par un taux élevé d'enfants issus de l'immigration. Dans les années 70, quand il a commencé à être présent dans notre Mouvement, Jacques portait avec lui cette singularité d'être le premier membre bruxellois travaillant dans l'enseignement libre et de s'y sentir l'aise.


Débuts en pédagogie Freinet
Jacques vient de terminer son service militaire. Il reçoit une cinquième primaire avec, déjà, un grand mélange de populations. Partant d’un bouquin présentant la pédagogie Freinet et de ce qu’il avait appris de cette pédagogie à l'école normale, Jacques commence « par donner la parole aux enfants ». Ils la prennent, cette parole, et cela débouche sur un recueil de textes d’enfants. À la même époque, ses contacts avec les permanences d’Éducation populaire lui fournissent des réponses à ses questionnements, des outils, de la documentation. Mais c’est certainement à Vence et aux cours des merveilleux échanges que ces stages permettent que son adhésion aux idées de Freinet prend et doit toute sa force.

L’esprit de l'époque, l’époque du « Collectif » …
L’époque où les A.G. ne réunissaient plus une poignée d’administrateurs, mais 30 ou 40 membres passionnés par les brassages d’idées, l’époque où Henry Landroit ouvrait L’Autre École, l’époque où Jacques Demeyère peaufinait le futur Eureka.
Techniques d’illustrations et autres
Un excursus, un retour à Vence, évoque les échanges autour des outils et l’apprentissage de diverses techniques d’illustration comme le plâtre gravé et le lino.
Freinet et l’enseignement libre
Questionné sur l’éventuelle opposition que la hiérarchie de l'enseignement libre aurait pu manifester à l’égard des techniques Freinet, Jacques se souvient effectivement d’une mise en garde vis-à-vis des publications d'Éducation populaire et de leur philosophie sous-jacente « matérialiste ». Mais, conclut Jacques, on en est resté là !

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Et l’enseignement de la religion ?
À l’époque déjà, la religion était un domaine où la pédagogie la plus ouverte était préconisée. L’enseignant suscitait assez facilement une confrontation pacifique entre enfants ayant des références culturelles et religieuses différentes. Dans d’autres écoles du Libre où les enfants musulmans étaient fortement minoritaires on continuait à donner cours de religion comme avant… une situation que Jacques n’a jamais connue. D’autres enseignants ont travaillé les parallèles entre Bible et Coran. La règle était, partout, de s’en tenir à un point de vue purement humaniste. Pour en finir avec le sujet, Jacques rapporte son expérience de l'introduction d’un professeur de religion islamique à Saint-Roch.
Pédagogie Freinet et direction d’école
Jacques ayant été plus longtemps chef d'école qu'instituteur, la question lui est posée de savoir ce qu’il est parvenu à faire passer de Freinet dans sa direction. Lorsqu’il est nommé à Molenbeek, il connait déjà l’établissement (par le biais du PO) et sait donc parfaitement ce qu’il veut ajouter aux pratiques de l’école, soit en premier lieu un renforcement du lien familles/école. Ce fut une réussite indéniable, l'atmosphère de l'école s'améliora considérablement ainsi la perception des parents sur l'école. Deuxième changement : Jacques installe un conseil des enfants de l'école et pour ce faire un conseil de classe dans chaque classe. Troisième point : l’installation, favorisée par les circonstances, d’un centre de documentation. Et enfin, Jacques nous rapporte encore la récupération de vieux Mac qui lui permirent de réaliser un journal d'école. Jacques revient ensuite sur sa direction d’école à Saint-Roch : de bons souvenirs et de moins bons.
Une continuité évidente
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Aujourd'hui pensionné, Jacques voit ses activités comme conseiller CPAS (membre du comité d'accompagnement d’un home) et au sein d’une maison de quartier s'inscrire dans la continuité de ce que furent ses choix d’enseignant. Dans ce home de Koekelberg par exemple, les récits de souvenirs sollicités des résidents bénéficient de son expérience. Dans la maison de quartier qu’il anime, la continuité est plus évidente encore puisqu’on y pratique l’apprentissage du français pour les adultes et le soutien scolaire pour les jeunes du début du secondaire. Ainsi, Jacques a pu mettre en place une boite à outils pour chaque groupe avec des choses très différentes, très concrètes (tangram, pastels, revues et livres documentaires, fichiers d’expériences...). Avec les adultes, même chose : visites, approche du milieu social. Les animatrices de par leur formation à Lire et écrire sont déjà ouvertes à ces approches.
Pour ou contre Freinet : les milieux « semi-hostiles »
Jacques revient au tout début de sa carrière, à l’école du quai au Foin gérée par les religieuses de Don Bosco, c'était en 1972. Au départ, il avait une 3e primaire, l'année se passa bien. Mais l'année suivante, lorsqu’on le met en 5e, on lui dit que l’on suppose (ou que l’on espère) que, maintenant, « il ne va plus faire de l'imprimerie, mais des choses sérieuses ». Jacques continuera à imprimer et connaitra de belles satisfactions ; des réussites d’enfants immigrés étonnantes. Celle de ce garçon arrivant de Turquie en 6e (donnée par Jacques), réussissant le diocésain en fin d’année et que Jacques retrouve des années plus tard comme parent d'élève. Il avait suivi une scolarité tout à fait normale aux Arts et Métiers et est actuellement très impliqué dans le secteur associatif à Molenbeek.
Le néerlandais
Jacques a essayé d'appliquer les principes de la méthode naturelle dans l'apprentissage du néerlandais. Il en parle.
Les métiers d’instituteur… et de directeur
Jacques ne regrette pas d'avoir été instituteur. Il remarque que c’est dans les facettes animation, faire découvrir, faire expérimenter, rendre les personnes attentives à ce qu'elles vivent dans leur environnement, dans leur corps et dans leur être qu’il s’est toujours le mieux retrouvé.
Ce qu’il regrette au niveau de la profession c'est que l'on n'ait pas pu administrativement réaliser un team de direction. Il serait volontiers resté quelques années de plus dans son métier s’il avait pu réaliser une direction partagée (ce qui n’est ni une direction tournante ni une direction à temps limité). « J'aurais voulu pouvoir mettre sur pied une direction partagée, je crois beaucoup en la complémentarité. »
Aller voir ailleurs
Jacques termine en rapportant son détachement de l’enseignement durant deux ans. À la JEC (la Jeunesse Etudiante Chrétienne), il a connu un autre monde : les étudiants du secondaire, Mouscron-Comines, Cuesmes, Leuze une autre réalité que la réalité urbaine. Aller voir ailleurs que dans les quatre murs d'une classe, pour Jacques, c’était important « à cette époque où l'on croyait tous dur comme fer que la société pouvait changer par l'école. »

Petite chronologie
69-70 : Intérims
70-71 : Service militaire (non armé !)
71-72 : Instituteur à St-Roch, Quartier Nord
72-75 : Instituteur Quai au Foin 1000Bxl
75-85 : Instituteur à St-Roch
            détaché à la JEC en 76 et 77
86-99 : Directeur à St-Roch
99-2004 : Directeur à Ste-Ursule, Molenbeek

 

(avec la complicité de Jacques Simillion, Jean Dumont et Henry Landroit)